Je me rappelle le moment précis où j’ai compris ce que voulait dire le mot « entrepreneur » pour la première fois.. Quand il est parvenu à mes oreilles, j’ai su qu’il était en moi depuis longtemps et que maintenant que je connaissais sa définition, je devais faire quelque chose de grand avec ma vie. 

Une pression invisible

Il venait aussi avec beaucoup de pression : trouver une idée, bâtir quelque chose de solide autour et ne pas abandonner. J’avais cette détermination, cette volonté de réussir dans tout ce que j’entreprenais. Je ne comptais pas mes heures et encore moins l’énergie que je mettais au quotidien. J’avais du succès dans tous mes emplois simplement parce qu’en aidant les gens, je me sentais si accomplie. Chaque nouvelle personne que je rencontrais était pour moi une perle rare que j’accompagnais à travers une issue qu’il vivait et je me devais d’être la solution. J’avais la chance d’avoir beaucoup d’entrepreneurs dans mon entourage et tous s’entendaient pour dire la même chose : j’avais ce qu’il fallait pour suivre cette vocation. 

Mon problème ? J’étais si jeune, naïve et inexpérimentée que je ne savais pas par où commencer. J’ai donc choisi le chemin traditionnel : des études qui devaient me donner les connaissances nécessaires pour éveiller le volcan en moi et me forcer à créer ma propre entreprise… Je parlais de ce beau projet de vie comme un rêve lointain, quelque chose qui allait me tomber dessus par magie et qu’à ce moment-là, j’allais être prête. J’attendais LA bonne idée et surtout l’approbation de ceux à qui je le partageais aussi dans un sens.

Quand les plans changent

Je suis ensuite tombée enceinte et encore là, mon discours était le même : j’allais profiter de cette « pause » pour bâtir ma business (oh well, qu’elle belle naïveté). Ça fait que, un déménagement, des rénovations et une nouvelle grossesse surprise plus tard, il n’y avait pas l’ombre d’une entreprise en vue. Je le disais encore, mais LA VIE m’avait empêchée d’agir.

Procrastiner jusqu’à temps que…

M’apitoyant toujours sur LA VIE pour repousser mes projets, je me suis mise à chercher un emploi traditionnel. Un petit 9 à 5, près de la maison, flexible sur les horaires de préférence et si j’étais chanceuse, qui offrait le télétravail pour concilier avec ma nouvelle réalité de maman. Ça ne courrait pas les rues ce genre d’opportunité.

Puis, un jour, une innombrable quantité de portes se sont fermées sous mon nez. Des entrevues qui ne débouchent à rien, des suivis par courriel qui restent sans réponses, des heures de recherche sur les sites d’annonces à espérer qu’aujourd’hui le bon poste allait sortir…

Pour finalement recevoir le coup de grâce la veille des vacances de Noël : j’attendais un rappel pour un emploi que je convoitais beaucoup, c’était une question de formalités. Voyant que le téléphone ne sonnait pas, j’ai pris mon courage à deux mains pour me faire dire qu’un candidat plus qualifié était venu brouiller leur choix.  

Je suis tombée à genoux au sol, brisée en mille miettes au plus profond de mon cœur…

Ce 21 décembre, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. J’avais Anaève, ma fille, à côté de moi qui me demandais pourquoi j’étais triste. J’ai réalisé à ce moment à quel point c’était rendu pathétique mon histoire. Je ne me rappelle plus ce que je lui ai répondu, mais j’avais honte. Honte parce que j’étais si loin du modèle que je voulais être pour elle à ce moment-là.

 Ce fut la plus belle chose qui ait pu m’arriver.

Aujourd’hui, je remercie tous ceux qui n’ont pas cru en moi. Parce que le réel problème n’était pas les employeurs, ni les entrevues, ni même le bout de papier que je présentais à ceux que je rencontrais. Le blocage, il était à l’intérieur de moi. Je ne croyais aucunement en mes propres compétences, encore moins en ma valeur. Il y avait cette voix dans ma tête qui me criait des bêtises, qui prenait tellement d’espace là-haut que je n’arrivais plus à l’ignorer. Elle n’avait assurément pas la bonne approche pour me faire comprendre son point, mais à ce moment-là, elle devait être à bout que je ne l’écoute pas depuis si longtemps.

 Après mon petit épisode à peine dramatique, j’ai décidé que plus jamais je n’allais laisser quelqu’un qui ne me connaissait pas juger de ma valeur en tant que personne. C’est à ce moment-là que j’ai pris une décision qui me semblait évidente tout à coup : j’allais faire le travail sur moi qui devait être fait, guérir les blessures qui s’y trouvaient et finalement faire ce que j’avais toujours dit. Décider moi-même de ce que j’allais valoir. Créer ma valeur à moi et en être 100 % responsable. 

Avec du recul, j’ose croire que la petite voix qui me parlait tout ce temps, c’était mon ambition. Mon ambition un peu maladroite, qui me lançait des S.O.S. pour que je fasse des choix qui étaient alignés avec ma vision idéale de la vie.

Je la remercie d’avoir si bien porté son nom. Elle m’a attendue, elle a persévéré et c’est pourquoi aujourd’hui elle est ma meilleure amie. J’ai appris à mieux comprendre ses signaux avant qu’elle se mette à me crier dessus. On a développé une relation saine ensemble pour qu’elle puisse toujours s’exprimer et me pousser à me dépasser.