J’ai toujours été une fille d’agenda, de papeterie. Bien loin d’être assidue, mais j’aimais bien ce concept très idéaliste que j’idolâtrais beaucoup d’être enfin organisée et d’avoir un bel outil où laisser le résultat de qui j’étais (rien de moins tsé). Au secondaire comme au CEGEP, j’attendais avec impatience de recevoir mon horaire pour pouvoir y écrire toutes mes matières dans leurs cases bien à elles et bien sûr avec la palette de couleur toute cute qui venait avec. Ma sœur était super artistique, c’était si Pinterest ses agendas et j’aspirais tant à faire de même… J’ai toujours été une fille désorganisée dans ma tête parce que les idées n’arrêtent jamais et je n’avais jamais le temps de tout mettre sur papier (ou bien c’était si long que je n’allais jamais au bout). Pour moi, un agenda, c’était la solution à mon problème simplement parce qu’il y avait des carrés prédéfinis… comme si j’avais besoin de ça pour me rappeler que la semaine comporte 7 journées !

Mais dans le fond, ce que j’aimais profondément, c’était cet espace-là : un endroit pour prendre un moment pour moi, pour laisser aller ma créativité, écrire toutes les citations du monde et sortir mes états d’âme sous leur plus beau jour. Je rendais intemporel tout ce qui se passait dans ma vie et c’était pour moi un sacré cadeau à moi-même de pouvoir relire tout ça après. C’était surtout ça, parce que les travaux, les notes importantes des prochains examens et tout le reste n’y figuraient tout simplement pas !

Même après ma graduation, j’avais encore et toujours avec un agenda, un cahier de notes et une panoplie de crayons pour faire to-do list interminables. Pour 1001 raisons reliées à mon enfance, j’étais une fille très perfectionniste, performante et j’avais un immense besoin de contrôle sur tout ce que l’avenir me réservait. En ayant cette « organisation-là » je m’assurais que personne ne puisse me prendre en défaut et surtout que personne ne voit la peur de l’échec qui régnait en moi.

Mais le problème, ce que je commençais dans un cahier, puis un autre pour finir par ne plus m’y retrouver. Je découvrais une méthode dont j’avais entendu parler pour l’abandonner quelques semaines (si ce n’est pas même quelques jours) plus tard parce que ça ne collait tout simplement pas avec moi. J’ai probablement essayé tous les agendas existant chez Renaud-Bray, Indigo et Winners sans exception. Les journaux de gratitude, les méthodes de productivité, les planificateurs avec des codes de couleurs… tous semblaient être LA SOLUTION pour que je sois en mesure de démarrer ces projets que je disais vouloir tant mettre en action, d’en accomplir toujours plus dans mes journées et à finalement réussir à vider ce cerveau qui n’arrêtait jamais de produire plus d’idées et de tâches à faire ! La réalité, c’est que je pensais qu’un nouvel agenda me donnerait le courage et je déposais tous mes espoirs en lui, quand j’aurais dû en garder un peu en moi-même, you know ?

Mais aucun outil n’était celui dont j’avais réellement besoin. Parce que le problème n’était pas la méthode, l’espace, l’organisation, ni le design… il venait de la personne qui l’utilisait au quotidien. Je me cherchais un band-aid pour couvrir des blessures qui nécessitaient une chirurgie de reconstruction intégrale. Je n’avais jamais pris le temps de me connaître assez profondément pour comprendre pourquoi mon cerveau n’arrêtait jamais, pourquoi je ne terminais jamais ce que je commençais et surtout pourquoi j’avais autant peur de perdre le contrôle.

Alors, en 2018, c’est la vie s’est chargée de me le faire comprendre. En juin, mon copain a eu un accident de moto tragique qui l’immobilisa dans notre chaise berçante familiale avec non seulement le pied en mille miettes, mais son âme tout entière aussi. Me laissant avec nos deux bébés pleins les bras et une pression terrifiante sur la jeune maman de 22 ans que je devenais. Jusque-là, les to-do list me gardaient la tête hors de l’eau et je « gérais » la situation. Mais, en août, j’ai retrouvé ma mère, atteinte de Trouble de Personnalité Limite, inanimée dans son lit, à quelques heures de sa mort. Il n’y avait plus assez de temps dans mes journées ni assez d’espace dans mes agendas pour décrire la charge mentale, physique et émotionnelle que je portais sur mes épaules. Entre les rendez-vous pour mon copain, le ménage de la vie de ma mère, son placement en centre de thérapie, la fin de mon congé de maternité, ma carrière inexistante, mon estime personnelle six pieds sous terre et mes deux bébés plus exigeants que jamais… j’ai dû me rendre à l’évidence : je ne pouvais plus continuer à maintenir le poids de ceux que j’aimais avec moi en tout temps.

J’ai dû passer par-dessus mon égo, avouer que j’étais incapable de poursuivre, que c’était trop pour moi et que je devais aller chercher de l’aide. Parce que tout est allé si vite après ce matin d’août où les ambulanciers m’ont expliqué que j’avais sauvé la vie de ma mère, que je n’ai jamais pris le temps de respirer à nouveau. J’ai retenu mon souffle pendant 3 mois, jusqu’à tant que je sente le besoin de relâcher tout le poison que je gardais à l’intérieur. J’ai consulté pendant toute l’année suivante, une fois par semaine si nécessaire, j’ai appris à me connaître, à assumer que je méritais autant que n’importe qui de me prioriser, d’avoir des moments pour moi et de m’épanouir. J’ai réalisé que je devais arrêter de me valoriser par ce que je faisais pour tout le monde, mais bien pour qui j’étais, tout simplement. Un cocktail de conversations très deep, de rencontres complètement improbables et d’apprentissages nécessaires m’ont mené à transformer ma vie à 180 degrés en démarrant ma compagnie. C’était le début de ma nouvelle vie. Je peux affirmer aujourd’hui que c’est le journal qui m’a sauvé la vie. Il m’a aligné avec ce qui collait vraiment avec celle j’étais devenue en chemin. J’ai essayé d’entrer dans le moule, de faire quelque chose qui « avait du sens » avec mon background de marketing, mais quelque chose de plus grand & de plus profond m’appelait.

Après une semaine en retraite à essayer de chasser cette idée, je me suis retrouvée à finalement lancer un outil gratuit qui se nommait le Journal Ambition. J’étais loin d’y croire et encore moins de me douter qu’il allait devenir la version du planner parfait que j’avais cherchée toute ma vie. Parce qu’au final, ce que je voulais réellement depuis toutes ces années, c’était une façon de commencer à prendre soin de moi tous les jours, pas juste quand j’étais au bout du rouleau. J’avais touché le fond du baril en 2018 et il n’était pas question que je laisse cela arriver encore une fois. Le journal, c’était donc ma porte de sortie vers un monde de douceur, de découverte de soi, de gratitude et surtout d’ambition. J’avais finalement mis le doigt sur la solution pour ne plus jamais acheter un planner sans le terminer : l’utiliser avec mon cœur pour grandir en tant que femme, fleurir en tant qu’entrepreneure et me développer toujours un peu plus en tant qu’humaine, une page de journal à la fois…